Lore : Conte de Wolfy đ
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Il y a fort longtemps, dans une contrĂ©e lointaine, lâesprit de la nature veillait sur le monde sous forme dâanimaux lĂ©gendaires : les Loups GĂ©ants. Il sâagissait de crĂ©atures mythiques aux pouvoirs surnaturels. Rien Ă voir avec les loups sauvages que nous connaissons actuellement. Les Loups GĂ©ants Ă©taient des ĂȘtres hors du commun. Ils vivaient en grandes meutes que lâon surnommait « Les Clans ». En effet, les Loups GĂ©ants fonctionnaient en communautĂ© et chaque clan obĂ©issait aux lois Ă©tablies par celle-ci.

Trois principaux clans régnaient chez les Loups : les Loups Gris, les Loups Bruns, et les Loups Noirs.

On prĂ©tend quâun clan de Loups Blancs aurait existĂ© jadis dans la Toundra au Nord de la contrĂ©e. Les Anciens racontent avoir vu dâĂ©normes bĂȘtes Ă la fourrure blanche circuler dans les montagnes. Il sâagissait des plus grandes crĂ©atures jamais observĂ©es en ce monde. Cependant, nul ne les avait aperçus depuis des annĂ©es. Certains affirment quâils auraient Ă©tĂ© sauvagement exterminĂ©s par des tribus de braconniers au moment de la fondation des villages, dâautres prĂ©tendent quâils furent chassĂ©s par les autres Loups en raison de la menace quâils reprĂ©sentaient. Quoiqu'il en soit, si quelques-uns avaient survĂ©cu aprĂšs toutes ces annĂ©es, ils ne seraient dĂ©sormais que des Loups isolĂ©s et affaiblis.

La forĂȘt Ă©tait vaste et sâĂ©tendait sur toute la contrĂ©e; toute, sauf une petite partie situĂ©e au bord du Lac Beta. Il sâagissait du monde des Hommes : un grand village qui regroupait plusieurs communautĂ©s, sĂ©parĂ© de la forĂȘt par des chaĂźnes montagneuses. DĂšs que les Loups GĂ©ants apercevaient les grandes collines, ils rebroussaient chemin. Ceux-ci avaient pour rĂšgle d'or de ne jamais dĂ©passer les limites de leur territoire.

Le clan des Loups Gris occupait les territoires du Nord-Ouest, situĂ©s dans la forĂȘt borĂ©ale. Bien qu'ils dĂ©tenaient plus de la moitiĂ© de la contrĂ©e, leur localisation pouvait varier en fonction des saisons et des migrations. Notons que les Loups Gris dĂ©tenaient le pouvoir du nombre. Avec le temps, ils avaient compris quâen restant ensemble, ils demeureraient plus forts. En effet, leur plus grande force Ă©tait leur sens de la collaboration et de lâentraide. Câest notamment pour cette raison que leur valeur principale Ă©tait la solidaritĂ©. « Lâunion fait la force ! » Telle Ă©tait leur devise. Les Loups Gris Ă©taient Ă©galement les ĂȘtres les plus bienveillants et les plus tolĂ©rants de tous. Sans eux, lâesprit tranquille de la forĂȘt nâaurait point existĂ©.

De son cĂŽtĂ©, le clan des Loups Bruns occupait les forĂȘts tempĂ©rĂ©es au Sud-Est. Les Loups Bruns Ă©taient dotĂ©s dâun fort caractĂšre et dâun flair hors du commun. Il sâagissait des Loups les plus audacieux et les plus rusĂ©s de tous, si bien que leur intelligence surpassait celle de lâHomme. Du moins, câest ce quâils aimaient bien penser ! De nature curieuse, les Loups Bruns aimaient explorer les terres inconnues. De ce fait, leur connaissance du monde Ă©tait trĂšs fine. Ils Ă©taient d'ailleurs rĂ©putĂ©s pour ĂȘtre dâexcellents cartographes ! Cela Ă©tait bien pratique quand il Ă©tait question de chasse ou dâorientation; ils savaient en permanence se repĂ©rer dans la contrĂ©e, et nâavaient aucune peine Ă trouver les ressources quâil leur fallait. Toutefois, le seul dĂ©faut qui leur faisait obstacle Ă©tait leur arrogance. En effet, les Loups Bruns Ă©taient bien conscients de leur intelligence supĂ©rieure, et nombre dâentre eux nâhĂ©sitaient pas Ă sâen servir pour manipuler et obtenir des faveurs des Loups Gris, qui Ă©taient altruistes de nature.

Enfin, les Loups Noirs Ă©taient peu nombreux et occupaient le plus petit territoire de la contrĂ©e. Ceux-ci vivaient au beau milieu de la forĂȘt, dans un endroit que l'on surnommait « La ForĂȘt EnchantĂ©e ». C'Ă©tait un lieu magique oĂč tous les animaux cohabitaient en harmonie. La nuit, la nature prenait vie et laissait place Ă de la bioluminescence. Les lucioles et les champignons brillaient de mille feux. Les papillons et les colĂ©optĂšres sortaient de leur cachette affichant fiĂšrement leurs couleurs. Le plancton et les nĂ©nufars reflĂ©taient sur l'eau le clair de lune. C'Ă©tait un phĂ©nomĂšne extraordinaire ! Tout Ă©tait paisible et serein. Il faut dire que les Loups Noirs Ă©taient dotĂ©s dâune grande sagesse, et prĂ©fĂ©raient vivre dans le calme et la tranquillitĂ©.

Contrairement aux autres espĂšces, les Loups Noirs pouvaient Ă©changer dans toutes les langues du monde, y compris celle des Hommes. Plus encore, les Loups Noirs possĂ©daient une particularitĂ© hors du commun: le don de transformation. Lors des nuits de pleine lune, leur morsure permettait de transformer un humain en loup, lĂ©guant Ă©galement leur pouvoir Ă leur victime. De fait, les Loups au pelage noir Ă©taient considĂ©rĂ©s comme une race « prĂ©cieuse » aux yeux des autres espĂšces, car ils Ă©taient les seuls Ă dĂ©tenir un pouvoir aussi puissant. Les Loups Noirs obtinrent donc lâautoritĂ© sur les dĂ©cisions de la forĂȘt. Ainsi, Ă lâaide des autres clans, ils instaurĂšrent un rĂšglement afin que tous les Loups GĂ©ants veillent Ă lâĂ©quilibre sacrĂ©, assurant ainsi la bonne entente entre les clans et les espĂšces vivant en ces lieux.

Les Loups Noirs Ă©taient toutefois condamnĂ©s par une gĂ©nĂ©tique atypique. Ă l'opposĂ© des autres clans, ils ne pouvaient se reproduire entre eux. CâĂ©tait principalement la raison pour laquelle ils Ă©taient peu nombreux. Ils devaient absolument faire usage de leur pouvoir pour assurer leur lignĂ©e. Or, ce don ne pouvait ĂȘtre appliquĂ© quâune seule fois au cours de leur vie. DĂšs le moment oĂč la transformation de leur victime Ă©tait complĂ©tĂ©e, celui-ci cessait dâexister. Il importait donc de bien choisir leur successeur.

Au cours de ce phĂ©nomĂšne, les victimes perdaient leur identitĂ© humaine, laissant derriĂšre elles leurs souvenirs passĂ©s. Aucun retour dans le monde des Hommes nâĂ©tait envisageable. Câest pourquoi les Loups Noirs prĂ©fĂ©raient sâattaquer Ă des personnes isolĂ©es, sans famille, afin que personne ne se doute de rien. Malencontreusement, il leur arrivait parfois de faire erreurâŠ

Peu dâHommes connaissaient lâexistence des Loups GĂ©ants, mais au fil du temps, les disparitions furent de plus en plus remarquĂ©es et les villageois comprirent quâune menace rĂ©elle pesait sur eux.
Par consĂ©quent, les Hommes vinrent saccager les forĂȘts, dĂ©truisant ainsi toute forme de vie sur leur passage. Plus encore, la peur engendra un mouvement religieux qu'on nomma le « Napellisme », visant Ă exterminer les bĂȘtes dites dangereuses.

Des piĂšges enduits d' aconitÂč, une fleur aux propriĂ©tĂ©s toxiques, furent implantĂ©s dans les collines afin de repousser les dangereuses bĂȘtes⊠Des contes inspirĂ©s de ces animaux gĂ©ants furent mĂȘme inventĂ©s afin d'empĂȘcher les enfants de sortir la nuit. Aujourd'hui, ces contes sont toujours prĂ©sents dans le folklore actuel.

ÂčAconit Napel : NommĂ©e « Wolfsbane » en anglais, anciennement utilisĂ©e comme poison pour les loups.
Ainsi, les siĂšcles passant, lâĂ©quilibre de la forĂȘt bascula. Le territoire des Hommes prit de lâexpansion, engendrant alors l'apparition de nouveaux villages et de nouvelles communautĂ©s. Les crĂ©atures mythiques, qui furent jadis les grands protecteurs de la forĂȘt, cessĂšrent dâexister.
Les Anciens racontent quâune petite meute de Loups aurait survĂ©cuâŠ

ĂloignĂ©s dans les confins de la forĂȘt, on peut y trouver les descendants du premier Loup-Garou, plus connu sous le nom « Alpha ». On le retrouve Ă©galement dans le folklore sous la forme dâun Homme, plus prĂ©cisĂ©ment, un berger qui criait au loupâŠ
Beaucoup de lĂ©gendes circulent Ă travers la contrĂ©e. Toutes font mention dâun « grand mĂ©chant loup », mais nul ne connaĂźt rĂ©ellement son origine.
La plus vieille lĂ©gende fait mention dâun Homme ayant la capacitĂ© de se mĂ©tamorphoser en Loup la nuit. Tout porte Ă croire quâil sâagit de lâancĂȘtre des Loups-Garous. Ce dernier serait originaire de Paleo, le village des Anciens, le plus vieux de la contrĂ©e, lĂ oĂč tout Ă commencĂ©.

Dans les collines de Paleo, vivait un jeune berger prĂ©nommĂ© Ezop. Son rĂŽle Ă©tait de garder les moutons du village et d'en prendre soin. Une fois par mois, il se rendait au village pour y vendre ses moutons les plus matures. Il s'agissait des rares fois oĂč il avait la chance de socialiser.

En effet, le jeune homme Ă©tait condamnĂ© Ă vivre seul, car nul nâosait sâapprocher de la forĂȘt. Il va sans dire que le jeune homme sâennuyait beaucoup. Tout le monde le connaissait, mais peu prenaient la peine de lui adresser la parole. Aux yeux du village, Ezop Ă©tait un ĂȘtre plutĂŽt mystĂ©rieux. Pourtant, ce n'Ă©tait quâun adolescent comme les autres, Ă la recherche dâaventures. Ce dernier rĂȘvait de dĂ©couvrir un autre monde.
Une nuit, aprĂšs le coucher du soleil, il eut lâidĂ©e de** jouer un tour** Ă la communautĂ© : prĂ©tendre quâun Loup Ă©tait parmi eux.
Ezop connaissait bien les lĂ©gendes Ă propos des Loups GĂ©ants, mais il nây avait jamais cru. Ayant vĂ©cu toute sa vie prĂšs de la forĂȘt, jamais il nâen avait aperçu. Il avait fini par croire que le prĂȘtre avait inventĂ© toutes ces histoires pour mieux contrĂŽler son auditoire. Ezop, lui, nâĂ©tait pas dupe ! Il ne se laissait pas avoir comme tous ces pauvres villageois guidĂ©s par la peur.

Alors, du haut dâune falaise, le jeune berger hurla : « Au loup ! Au loup ! »
à ces mots, les habitants du village prirent leurs fourches et allumÚrent les torches, puis bondirent hors de leurs maisons pour se précipiter à sa rescousse.
Mais une fois rendus à la bergerie, les villageois ne virent aucun loup. Caché derriÚre un buisson, Ezop observa ses voisins perplexes prendre le chemin du retour.
Le jeune homme Ă©clata de rire et se promit de rejouer le mĂȘme tour le lendemain. C'est ce qu'il fit⊠à maintes reprises et, Ă tous les coups, les villageois se montrĂšrent et, encore une fois, ils repartirent déçus de sâĂȘtre fait avoir.
Or, lors dâune nuit de pleine lune, alors que le berger rassemblait son troupeau, un Loup GĂ©ant sortit de la forĂȘt et sâapprocha du troupeauâŠ
Ă la vue de la bĂȘte gĂ©ante, les moutons sâaffolĂšrent et sâenfuirent au loin dans les collines. Leur cri alerta le jeune berger qui avait le dos tournĂ©. En se retournant, Ezop figea dâeffroi.

Le Loup Ă©tait Ă©norme, et son pelage Ă©tait aussi noir que lâobscuritĂ©. Seuls ses yeux dorĂ©s trahissaient sa prĂ©sence.
« Nâaie pas peur », entendit-il dans son esprit, pendant que le Loup se rapprochait tranquillement de lui.
Le jeune homme recula dâun pas incertain.
Le monstre lui avait-il parlé ? Comment était-ce possible ?
Ezop prit panique et se précipita alors sur le bord de la falaise, en hurlant de toutes ses forces : « Au loup ! Au loup ! »
Mais cette fois, pas un villageois ne vint Ă sa rescousse.
La lĂ©gende raconte que le berger fut dĂ©vorĂ© par « le grand mĂ©chant loup ». Câest le triste sort quâon rĂ©serve aux inconscients qui sâaventurent trop prĂšs de la forĂȘt⊠Les Anciens affirment pourtant que, lors des nuits de pleine lune, on peut apercevoir l'ombre du berger sur la falaise, et que son esprit continue de hanter les villageois Ă ce jour. D'autres prĂ©tendent qu'il fut touchĂ© par une malĂ©diction et quâil fut transformĂ© en Loup-Garou cette nuit-lĂ .

Quoi qu'il en soit, plus jamais on n'entendit quelquâun crier au loupâŠ
Avant leur extinction, les Loups GĂ©ants avaient pris une dĂ©cision qui changerait le cours de lâHistoireâŠ
Ă la veille dâune pleine lune, les survivants de chaque Clan se rĂ©unirent une derniĂšre fois.
Onyx, le dernier Loup Noir, prit la parole : « Je me fais vieux et mon pouvoir sâaffaiblit. Il me reste peu de temps auprĂšs de vous, chers confrĂšres. »

Le petit comitĂ© de Loups GĂ©ants, consternĂ©, resta silencieux quelques instants. On pouvait y entendre le vent souffler doucement Ă travers les feuilles. Les grenouilles coassaient mĂ©lancoliquement au loin, prĂšs dâun ruisseau. Les colĂ©optĂšres luisaient faiblement dans lâobscuritĂ©, leur prĂ©sence se faisait Ă peine sentir. Les lucioles, elles, se faisaient de plus en plus rares, mais en cette nuit de deuil, elles sâĂ©taient jointes au conseil afin dâapporter leur soutien. Lâenchantement de la forĂȘt tirait Ă sa fin.

Enfin, le silence fut brisĂ© par GalĂšne, la plus jeune Louve du Clan des Gris. « Il nous faut essayer une derniĂšre fois » prononça-t-elle, dĂ©terminĂ©e. « Il doit bien y avoir un moyen, nâest-ce pas ? Jâai peut-ĂȘtre une idĂ©e⊠»
« Nos frĂšres et nos sĆurs ont pĂ©ri sous la main de lâHomme » sâoffusqua Jasper, le chef du Clan des Bruns. « Tenter une derniĂšre transformation sur leurs terres, ce serait du suicide. Tu crois vraiment quâon va risquer la vie de notre dernier Loup Noir ? Sois raisonnable, GalĂšne, je tâen prie ! »
« Laisse la parler, Jasper. » siffla Clay, le chef du Clan des Gris. « On ne perd rien Ă lâĂ©couter. »
« Clay nâa pas tort » renchĂ©rit Onyx. « Parle, GalĂšne. »
Tous les yeux se rivÚrent sur la jeune Louve. Celle-ci hésita, mais Clay la poussa du museau vers le centre, lui faisant signe de s'avancer.
GalĂšne prit son courage Ă deux pattes : « Demain, il y aura une super lune bleue de sang. Ce phĂ©nomĂšne ne sâest jamais produit de notre vĂ©cu. On sait que le pouvoir des Loups Noirs est dĂ©cuplĂ© lors d'une pleine lune de sang, et encore plus lors d'une super lune, mais quâen est-il lorsque les deux sont combinĂ©es ? Qui sait ! Peut-ĂȘtre que la transformation pourrait mener notre espĂšce vers une Ă©volution supĂ©rieure. »
Quelques murmures se firent entendre.
« Je continue de croire que c'est trop risquĂ©. » maugrĂ©a Jasper. « Rendons-nous Ă lâĂ©vidence ! MĂȘme si le pouvoir dâOnyx arrive Ă transformer un Homme en âSuper Loupâ, cela ne changerait rien Ă notre extinction imminente. Les Hommes ont dĂ©truit la quasi-totalitĂ© de la forĂȘt. Son enchantement nâest plus⊠Il est trop tard. »
« Justement, Jasper » coupa sĂšchement Clay. « Nous nâavons plus rien Ă perdre. »
Jasper soupira, puis se tut, Ă©nervĂ©, mais rĂ©signĂ©. Force Ă©tait de constater quâil nâarriverait jamais Ă raisonner les Loups Gris.

Les yeux dorĂ©s dâOnyx se fixĂšrent sur GalĂšne. Puis il prit un ton sĂ©rieux : « Petite, je tâĂ©coute. Quel est ton plan ? »
La suite, vous la connaissez...

Bien des siĂšcles aprĂšs la transformation du berger, la migration des clans avait entraĂźnĂ© la naissance dâune nouvelle espĂšce : les loups Ă pelage mixte. Cette catĂ©gorie de loups mixtes Ă©tait beaucoup plus attrayante aux yeux des Hommes, notamment parce que la taille de ceux-ci avait grandement diminuĂ©. D'ailleurs, beaucoup furent domestiquĂ©s. Le reste se divisa en petits groupes, laissant place Ă ce quâon appelle aujourdâhui les « meutes ».

Les loups domestiquĂ©s devinrent ce quâon appelle des « chiens » dans le prĂ©sent actuel. Il sâagissait dâun type de compagnons trĂšs convoitĂ© par les Hommes, car leur bonne humeur et leur fidĂ©litĂ© Ă©tait dâagrĂ©able compagnie. Pour les chasseurs, les chiens leur Ă©taient d'une grande utilitĂ©, car leur odorat Ă©tait supĂ©rieur Ă celui des Hommes.


En fait, les compagnons Ă©taient, Ă la base, des animaux capturĂ©s par les chasseurs du village. Les plus belles bĂȘtes furent domestiquĂ©es pour le plaisir des villageois et des enfants. Le commerce des compagnons devint si lucratif que certains Ă©leveurs voyageaient de village en village pour vendre les espĂšces les plus rares, considĂ©rĂ©es comme « exotiques ». Parmi celles-ci, se trouvait le Loup Bavard !

Par un bel aprĂšs-midi de printemps, Graouw et ses deux amis, Bhoot et Loupiotte, jouaient Ă cache-cache.
« Trois, deux, un⊠câest parti ! » cria Graouw, au loin.

Ce dernier prit un instant pour faire un scan complet du paysage : aucun louveteau Ă lâhorizon.
« Ils ont bien progressé ces petits ! » pensa fiÚrement Graouw.

Le temps passait, et le Loup Bavard nâavait toujours aucun signe de Bhoot et Loupiotte. Pourtant, Graouw avait toujours Ă©tĂ© le plus rapide Ă ce jeu.
Celui-ci commençait Ă sâinquiĂ©ter : « OĂč peuvent-ils bien se cacher ? »

La forĂȘt se voulait paisible. Il Ă©tait encore tĂŽt, le chant timide des oiseaux Ă©tait Ă peine perceptible Ă travers les branches. La mousse sur le sol respirait l'humiditĂ©, tĂ©moignant de la pluie de la veille. Les arbres s'Ă©lançaient vers le ciel ensoleillĂ©. L'air Ă©tait bon et rĂ©confortant. On y percevait mĂȘme une lĂ©gĂšre odeur de pin.

ĂpuisĂ©, notre vaillant compagnon se posa sur l'herbe. Il Ă©tait assoiffĂ© ! MalgrĂ© le vent frais, la chaleur se faisait ressentir. Par chance, un courant dâeau se trouvait Ă quelques pas de notre ami. Les reflets sur lâeau offraient un spectacle Ă©tincelant au contact des rayons du soleil. Le Loup Bavard s'avança pour sâabreuver.
En relevant les yeux, Graouw eut une impression de déjà vu... Face à lui, s'affichait une vision de son passé, un secret qu'il avait laissé derriÚre lui il y a des années.

Il s'agissait de la Chute Argentée. Son appellation était tirée tout droit de la couleur de la cascade, comme si une longue et délicate cape d'argent s'était posée sur les parois rocheuses de la montagne.
Seuls les plus avisĂ©s connaissaient la vĂ©ritĂ© sur la mystĂ©rieuse chute et notre compagnon Ă©tait parfaitement conscient des risques quâil encourait sâil osait traverser le rideau d'argent. Le Loup Bavard craignait de devoir dire adieu Ă ses amis et, par expĂ©rience, celui-ci savait pertinemment qu'il en souffrirait pour le restant de sa vie...

Graouw Ă©tait un simple chien, mais dans sa meute, on le surnommait le Loup Bavard. Ayant vĂ©cu toute sa vie auprĂšs dâun maitre aveugle, notre sympathique compagnon Ă©tait le seul connu de la Meute Ă maĂźtriser parfaitement la langue des Hommes sous forme animale.

AprĂšs un terrible accident qui lâobligea Ă abandonner son maĂźtre avec qui il avait dĂ©veloppĂ© un lien Ă©ternel, le pauvre chien sâĂ©tait perdu en forĂȘt, vivant au jour le jour, dans la solitude et la peur. Ce n'est que quelques mois plus tard qu'il fĂ»t accueilli par la Meute qu'il considĂ©rait comme sa famille de cĆur.

Un cri lointain se fit entendre. « Graouw !!! OĂč es-tu ? Graouuuuwww !!! »
Graouw sortit immédiatement de ses pensées. « Par ici ! »
Ses deux protĂ©gĂ©s surgirent dâun buisson, essoufflĂ©s.
« Tu nous as fait une de ces peurs, sâexclama Bhoot, nous te pensions perdu ! »
« Bhoot, tu tâinquiĂštes toujours pour rien ! Je peux me retrouver dans la forĂȘt sans problĂšme, contrairement Ă toi ! » rigola Graouw, lançant un petit clin d'Ćil Ă Loupiotte.
« Câest vrai ! La derniĂšre fois, on a dĂ» appeler Remus et Lupin pour te sortir de ce trou, renchĂ©rit Loupiotte, on peut se compter chanceux quâils nâaient rien dit Ă tes parents ! »

« Tu oublies qu'on a dĂ» acheter leur silence en obĂ©issant Ă leurs ordres pendant une semaine ! » rĂąla Bhoot. « Tes frĂšres ont simplement vu une opportunitĂ© et lâont saisie avec joie. »
« Les jumeaux ont toujours su flairer les bonnes affaires » admit Graouw. « Vous vous rappelez des deux petits cochons quâils ont rapportĂ©s un soir ? »
« Bien sĂ»r que je mâen souviens ! » s'exclama Loupiotte. « CâĂ©tait la premiĂšre fois que jâen mangeais de ma vie ! Quel rĂ©gal ! »
« Et moi donc ! » ajouta Bhoot. « Jâen ai rĂȘvĂ© pendant des semaines ! »

« Ce quâils ont omis de mentionner, câest que jâĂ©tais prĂ©sent lors de la fameuse capture ! » proclama Graouw avec fiertĂ©. « Ils mâont dit que si je les aidais Ă faire diversion, jâaurais droit au troisiĂšme cochon comme rĂ©compense. »
« Quoi ! » s'exclamĂšrent les deux louveteaux en chĆur.
Bhoot haussa le sourcil. « Et ils ont tenu parole ? »

Loupiotte roula des yeux. « Pff ! Je te parie trois grillons quâils ont gardĂ© le troisiĂšme pour eux-mĂȘmes ! »
« Le dernier semblait ĂȘtre mieux prĂ©parĂ© Ă lâattaque ! » rĂ©pondit Graouw, amusĂ© Ă lâidĂ©e quâun cochon ait pu vaincre les jumeaux par la ruse.
« Ăa, alors ! » sâĂ©tonna Loupiotte.
« Tu peux le dire, Lou, quels gros arnaqueurs ! » conclut Bhoot.
DerriĂšre la Chute ArgentĂ©e, se trouvait une grotte sous-terraine, abritant un portail magique que seul un ĂȘtre au coeur pur pouvait traverser.
Ce passage secret menait vers un hùvre de paix : le jardin des Tréants.
Ces terres divines Ă©taient situĂ©es Ă l'Ă©cart des civilisations modernes, au-dessus des montagnes, surplombant les arbres et les nuages. Une petite communautĂ© de moines ayant fait vĆu de silence y vivait paisiblement. Ils Ă©taient dotĂ©s de capacitĂ©s surnaturelles, dont la tĂ©lĂ©pathie et la manipulation de la lumiĂšre. Les Anciens les surnommaient les Mentalistes.
Le grand refuge spirituel offrait une faune et une flore bien différentes de ce qu'on connait d'un jardin. Dans les riviÚres, coulaient des métaux précieux sous forme liquide : de l'or en été et de l'argent au printemps. Dotés de nombreux talents, les Mentalistes avaient réussi à transformer ces métaux en piÚces métalliques, se récoltant une petite fortune avec le temps.

Pour communiquer, les moines avaient développé un systÚme basé uniquement sur la pensée. C'est en partie grùce à la discrétion de leur échanges qu'ils avaient maintenu le secret de leur existence pendant tout ce temps.
Mozzie Ă©tait l'un d'entre eux.
Malvoyant depuis son plus jeune Ăąge, le sage homme dĂ©tenait une grande sensibilitĂ© aux Ă©lĂ©ments qui l'entouraient. Faisant confiance Ă son instinct, il pouvait percevoir des Ă©vĂ©nements significatifs avant mĂȘme quâils ne se rĂ©alisent. Ce 6á” sens Ă©tait de famille et lui avait valu une mention honorable par sa communautĂ©.
Son don fut dĂ©couvert lorsque sa mĂšre avait alertĂ© la communautĂ© dâune intrusion dans la cour du monastĂšre. Elle nâĂ©tait encore quâune enfant, mais sa prĂ©monition Ă©tait bien rĂ©elle. Un jeune adolescent fut retrouvĂ© sur les lieux; il Ă©tait recroquevillĂ© sur lui-mĂȘme, le regard absent, Ă la fois perdu et honteux. Il se prĂ©nommait Jack, et celui-ci prĂ©tendait avoir dĂ©couvert le sanctuaire en plantant inconsciemment un haricot magique au pied de la montagne. Ce haricot, devenu gĂ©ant, lui avait Ă©tĂ© offert par un nain farfelu en Ă©change de sa vache.

Les moines connaissaient les risques dâune telle intrusion sur leur territoire, et ne pouvaient se permettre de dĂ©voiler au grand jour leur secret. Afin dâacheter son silence, ils offrirent au garçon un sac rempli de piĂšces dâor provenant de leurs rĂ©serves naturelles. Ils firent donc la promesse Ă Jack de lui envoyer un sac de piĂšces tous les jours Ă l'aide du portail sous la chute. La seule condition Ă©tait qu'il abatte le haricot gĂ©ant une fois de retour.
Pensant à sa mÚre mourante et à sa vache perdue, le garçon accepta sans hésiter.

AprĂšs le dĂ©cĂšs de sa mĂšre, Jack, qui Ă©tait devenu un beau jeune homme, revint au jardin sacrĂ©. Ce dernier avait empruntĂ© le portail secret sous la chute, et nâĂ©tait pas venu seul. Lâhomme avait apportĂ© un prĂ©sent en guise de reconnaissance : une portĂ©e de petits chiens parleurs.

Honorés par la générosité et la vaillance du jeune homme, les Mentalistes lui proposÚrent de rester vivre sur leurs terres. Avec le temps, il tomba amoureux de celle qui avait prédit sa venue lors de son premier voyage. Quelques années plus tard, les deux tourtereaux eurent un enfant qu'ils prénommÚrent « Mozen ».

Mozzie Ă©tait un homme simple, mais profondĂ©ment solitaire. Il aimait entendre le chant des oiseaux le matin, sentir l'odeur des fleurs au printemps et celle des feuilles mortes en automne. Mais ce quâil aimait par-dessus tout, câĂ©tait le contact avec lâeau. Son petit plaisir Ă©tait d'y plonger sa tĂȘte lors des baignades, et de crier de toutes ses forces, sachant que personne ne pourrait lâentendre.

Le moine passait rĂ©guliĂšrement ses journĂ©es Ă se baigner dans le lac prĂšs du Quai des Rocheuses, se laissant emporter par le courant. L'eau fraĂźche lui permettait de revigorer ses muscles et de se vider l'esprit. Il devait toutefois prendre garde, car un moment d'inattention risquait de le faire glisser au bas de la chute qui se trouvait en fin de parcours. Par chance, quelques mesures de sĂ©curitĂ© avaient Ă©tĂ© mises en place afin de se repĂ©rer dans la rive. En effet, des oiseaux visionnaires Ă©taient postĂ©s sur les arbres aux abords du prĂ©cipice, et des petits ponts avaient Ă©tĂ© construits, servant dâunitĂ© de mesure pour notre ami malvoyant.

Depuis quelque temps, le silence qui régnait dans sa communauté le rendait insatisfait. Rarement, il pouvait entendre la voix d'un humain. Il n'y avait qu'aux solstices qu'il pouvait écouter ses confrÚres chanter leur mélodie traditionnelle. Le reste du temps, les moines se rassemblaient au temple et méditaient en silence. à la fin de la journée, ils partageaient un thé, puis ils allaient se coucher.
Cette routine était ennuyeuse, et cela rendait Mozzie profondément malheureux.

Il fut un temps oĂč il pouvait avoir de longues discussions avec son chien-guide, Graouw. Ce dernier ne lui tenait pas juste compagnie, il Ă©tait pour lui un vĂ©ritable ami. Les deux camarades se traitaient comme des Ă©gaux et câest ce qui rendait leur relation si prĂ©cieuse.
Le Mentaliste avait toujours considéré son compagnon comme une bénédiction.

Assis sur le quai à fixer son reflet, Mozzie versa une larme, puis soupira tristement : « Si seulement tu étais encore là ⊠».
La suite, en rédaction ! Le prochain chapitre fera mention des rÎles suivants : Dictateur, Empoisonneuse, Fossoyeur, Guérisseuse, Nécromancien, SorciÚre et plus encore. Il sera divisé sur plusieurs sous-chapitres, le premier étant prévu aux alentours de mai 2025.
Bonjour, veuillez noter que le lore est un produit indĂ©pendant de Wolfy. L'histoire globale est entiĂšrement complĂ©tĂ©e dans mon imaginaire, mais sur papier, c'est plus compliquĂ©. Les suites peuvent donc prendre plusieurs mois Ă ĂȘtre publiĂ©es, car nous prĂ©fĂ©rons offrir un texte cohĂ©rent en lien avec le jeu plutĂŽt qu'un brouillon sans profondeur. Merci de votre comprĂ©hension et de vos messages ! Sachez que lis tous vos commentaires et que je les prends en considĂ©ration pour l'avenir !

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Chapitre | Titre | Raccourci |
---|---|---|
Prologue | La forĂȘt enchantĂ©e đČ | Cliquer ici |
Chapitre 1 | L'alpha... bĂȘta ! đ | Cliquer ici |
Chapitre 2 | Les derniers survivants đș | Cliquer ici |
Chapitre 3 | Le Loup Bavard đ | Cliquer ici |
Chapitre 4 | Le Mentaliste đ§ | Cliquer ici |
Chapitre 5 | L'effet Domino 𧔠(en rédaction) | Cliquer ici |
Communication | Message de l'auteure | Cliquer ici |
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La forĂȘt enchantĂ©e đČ
Il y a fort longtemps, dans une contrĂ©e lointaine, lâesprit de la nature veillait sur le monde sous forme dâanimaux lĂ©gendaires : les Loups GĂ©ants. Il sâagissait de crĂ©atures mythiques aux pouvoirs surnaturels. Rien Ă voir avec les loups sauvages que nous connaissons actuellement. Les Loups GĂ©ants Ă©taient des ĂȘtres hors du commun. Ils vivaient en grandes meutes que lâon surnommait « Les Clans ». En effet, les Loups GĂ©ants fonctionnaient en communautĂ© et chaque clan obĂ©issait aux lois Ă©tablies par celle-ci.

Trois principaux clans régnaient chez les Loups : les Loups Gris, les Loups Bruns, et les Loups Noirs.

On prĂ©tend quâun clan de Loups Blancs aurait existĂ© jadis dans la Toundra au Nord de la contrĂ©e. Les Anciens racontent avoir vu dâĂ©normes bĂȘtes Ă la fourrure blanche circuler dans les montagnes. Il sâagissait des plus grandes crĂ©atures jamais observĂ©es en ce monde. Cependant, nul ne les avait aperçus depuis des annĂ©es. Certains affirment quâils auraient Ă©tĂ© sauvagement exterminĂ©s par des tribus de braconniers au moment de la fondation des villages, dâautres prĂ©tendent quâils furent chassĂ©s par les autres Loups en raison de la menace quâils reprĂ©sentaient. Quoiqu'il en soit, si quelques-uns avaient survĂ©cu aprĂšs toutes ces annĂ©es, ils ne seraient dĂ©sormais que des Loups isolĂ©s et affaiblis.

La forĂȘt Ă©tait vaste et sâĂ©tendait sur toute la contrĂ©e; toute, sauf une petite partie situĂ©e au bord du Lac Beta. Il sâagissait du monde des Hommes : un grand village qui regroupait plusieurs communautĂ©s, sĂ©parĂ© de la forĂȘt par des chaĂźnes montagneuses. DĂšs que les Loups GĂ©ants apercevaient les grandes collines, ils rebroussaient chemin. Ceux-ci avaient pour rĂšgle d'or de ne jamais dĂ©passer les limites de leur territoire.

Le clan des Loups Gris occupait les territoires du Nord-Ouest, situĂ©s dans la forĂȘt borĂ©ale. Bien qu'ils dĂ©tenaient plus de la moitiĂ© de la contrĂ©e, leur localisation pouvait varier en fonction des saisons et des migrations. Notons que les Loups Gris dĂ©tenaient le pouvoir du nombre. Avec le temps, ils avaient compris quâen restant ensemble, ils demeureraient plus forts. En effet, leur plus grande force Ă©tait leur sens de la collaboration et de lâentraide. Câest notamment pour cette raison que leur valeur principale Ă©tait la solidaritĂ©. « Lâunion fait la force ! » Telle Ă©tait leur devise. Les Loups Gris Ă©taient Ă©galement les ĂȘtres les plus bienveillants et les plus tolĂ©rants de tous. Sans eux, lâesprit tranquille de la forĂȘt nâaurait point existĂ©.

De son cĂŽtĂ©, le clan des Loups Bruns occupait les forĂȘts tempĂ©rĂ©es au Sud-Est. Les Loups Bruns Ă©taient dotĂ©s dâun fort caractĂšre et dâun flair hors du commun. Il sâagissait des Loups les plus audacieux et les plus rusĂ©s de tous, si bien que leur intelligence surpassait celle de lâHomme. Du moins, câest ce quâils aimaient bien penser ! De nature curieuse, les Loups Bruns aimaient explorer les terres inconnues. De ce fait, leur connaissance du monde Ă©tait trĂšs fine. Ils Ă©taient d'ailleurs rĂ©putĂ©s pour ĂȘtre dâexcellents cartographes ! Cela Ă©tait bien pratique quand il Ă©tait question de chasse ou dâorientation; ils savaient en permanence se repĂ©rer dans la contrĂ©e, et nâavaient aucune peine Ă trouver les ressources quâil leur fallait. Toutefois, le seul dĂ©faut qui leur faisait obstacle Ă©tait leur arrogance. En effet, les Loups Bruns Ă©taient bien conscients de leur intelligence supĂ©rieure, et nombre dâentre eux nâhĂ©sitaient pas Ă sâen servir pour manipuler et obtenir des faveurs des Loups Gris, qui Ă©taient altruistes de nature.

Enfin, les Loups Noirs Ă©taient peu nombreux et occupaient le plus petit territoire de la contrĂ©e. Ceux-ci vivaient au beau milieu de la forĂȘt, dans un endroit que l'on surnommait « La ForĂȘt EnchantĂ©e ». C'Ă©tait un lieu magique oĂč tous les animaux cohabitaient en harmonie. La nuit, la nature prenait vie et laissait place Ă de la bioluminescence. Les lucioles et les champignons brillaient de mille feux. Les papillons et les colĂ©optĂšres sortaient de leur cachette affichant fiĂšrement leurs couleurs. Le plancton et les nĂ©nufars reflĂ©taient sur l'eau le clair de lune. C'Ă©tait un phĂ©nomĂšne extraordinaire ! Tout Ă©tait paisible et serein. Il faut dire que les Loups Noirs Ă©taient dotĂ©s dâune grande sagesse, et prĂ©fĂ©raient vivre dans le calme et la tranquillitĂ©.

Contrairement aux autres espĂšces, les Loups Noirs pouvaient Ă©changer dans toutes les langues du monde, y compris celle des Hommes. Plus encore, les Loups Noirs possĂ©daient une particularitĂ© hors du commun: le don de transformation. Lors des nuits de pleine lune, leur morsure permettait de transformer un humain en loup, lĂ©guant Ă©galement leur pouvoir Ă leur victime. De fait, les Loups au pelage noir Ă©taient considĂ©rĂ©s comme une race « prĂ©cieuse » aux yeux des autres espĂšces, car ils Ă©taient les seuls Ă dĂ©tenir un pouvoir aussi puissant. Les Loups Noirs obtinrent donc lâautoritĂ© sur les dĂ©cisions de la forĂȘt. Ainsi, Ă lâaide des autres clans, ils instaurĂšrent un rĂšglement afin que tous les Loups GĂ©ants veillent Ă lâĂ©quilibre sacrĂ©, assurant ainsi la bonne entente entre les clans et les espĂšces vivant en ces lieux.

Les Loups Noirs Ă©taient toutefois condamnĂ©s par une gĂ©nĂ©tique atypique. Ă l'opposĂ© des autres clans, ils ne pouvaient se reproduire entre eux. CâĂ©tait principalement la raison pour laquelle ils Ă©taient peu nombreux. Ils devaient absolument faire usage de leur pouvoir pour assurer leur lignĂ©e. Or, ce don ne pouvait ĂȘtre appliquĂ© quâune seule fois au cours de leur vie. DĂšs le moment oĂč la transformation de leur victime Ă©tait complĂ©tĂ©e, celui-ci cessait dâexister. Il importait donc de bien choisir leur successeur.

Au cours de ce phĂ©nomĂšne, les victimes perdaient leur identitĂ© humaine, laissant derriĂšre elles leurs souvenirs passĂ©s. Aucun retour dans le monde des Hommes nâĂ©tait envisageable. Câest pourquoi les Loups Noirs prĂ©fĂ©raient sâattaquer Ă des personnes isolĂ©es, sans famille, afin que personne ne se doute de rien. Malencontreusement, il leur arrivait parfois de faire erreurâŠ

Peu dâHommes connaissaient lâexistence des Loups GĂ©ants, mais au fil du temps, les disparitions furent de plus en plus remarquĂ©es et les villageois comprirent quâune menace rĂ©elle pesait sur eux.
Par consĂ©quent, les Hommes vinrent saccager les forĂȘts, dĂ©truisant ainsi toute forme de vie sur leur passage. Plus encore, la peur engendra un mouvement religieux qu'on nomma le « Napellisme », visant Ă exterminer les bĂȘtes dites dangereuses.

Des piĂšges enduits d' aconitÂč, une fleur aux propriĂ©tĂ©s toxiques, furent implantĂ©s dans les collines afin de repousser les dangereuses bĂȘtes⊠Des contes inspirĂ©s de ces animaux gĂ©ants furent mĂȘme inventĂ©s afin d'empĂȘcher les enfants de sortir la nuit. Aujourd'hui, ces contes sont toujours prĂ©sents dans le folklore actuel.

ÂčAconit Napel : NommĂ©e « Wolfsbane » en anglais, anciennement utilisĂ©e comme poison pour les loups.
Ainsi, les siĂšcles passant, lâĂ©quilibre de la forĂȘt bascula. Le territoire des Hommes prit de lâexpansion, engendrant alors l'apparition de nouveaux villages et de nouvelles communautĂ©s. Les crĂ©atures mythiques, qui furent jadis les grands protecteurs de la forĂȘt, cessĂšrent dâexister.
Les Anciens racontent quâune petite meute de Loups aurait survĂ©cuâŠ

ĂloignĂ©s dans les confins de la forĂȘt, on peut y trouver les descendants du premier Loup-Garou, plus connu sous le nom « Alpha ». On le retrouve Ă©galement dans le folklore sous la forme dâun Homme, plus prĂ©cisĂ©ment, un berger qui criait au loupâŠ
I. L'alpha... beta ! đ
Beaucoup de lĂ©gendes circulent Ă travers la contrĂ©e. Toutes font mention dâun « grand mĂ©chant loup », mais nul ne connaĂźt rĂ©ellement son origine.
La plus vieille lĂ©gende fait mention dâun Homme ayant la capacitĂ© de se mĂ©tamorphoser en Loup la nuit. Tout porte Ă croire quâil sâagit de lâancĂȘtre des Loups-Garous. Ce dernier serait originaire de Paleo, le village des Anciens, le plus vieux de la contrĂ©e, lĂ oĂč tout Ă commencĂ©.

Dans les collines de Paleo, vivait un jeune berger prĂ©nommĂ© Ezop. Son rĂŽle Ă©tait de garder les moutons du village et d'en prendre soin. Une fois par mois, il se rendait au village pour y vendre ses moutons les plus matures. Il s'agissait des rares fois oĂč il avait la chance de socialiser.

En effet, le jeune homme Ă©tait condamnĂ© Ă vivre seul, car nul nâosait sâapprocher de la forĂȘt. Il va sans dire que le jeune homme sâennuyait beaucoup. Tout le monde le connaissait, mais peu prenaient la peine de lui adresser la parole. Aux yeux du village, Ezop Ă©tait un ĂȘtre plutĂŽt mystĂ©rieux. Pourtant, ce n'Ă©tait quâun adolescent comme les autres, Ă la recherche dâaventures. Ce dernier rĂȘvait de dĂ©couvrir un autre monde.
Une nuit, aprĂšs le coucher du soleil, il eut lâidĂ©e de** jouer un tour** Ă la communautĂ© : prĂ©tendre quâun Loup Ă©tait parmi eux.
Ezop connaissait bien les lĂ©gendes Ă propos des Loups GĂ©ants, mais il nây avait jamais cru. Ayant vĂ©cu toute sa vie prĂšs de la forĂȘt, jamais il nâen avait aperçu. Il avait fini par croire que le prĂȘtre avait inventĂ© toutes ces histoires pour mieux contrĂŽler son auditoire. Ezop, lui, nâĂ©tait pas dupe ! Il ne se laissait pas avoir comme tous ces pauvres villageois guidĂ©s par la peur.

Alors, du haut dâune falaise, le jeune berger hurla : « Au loup ! Au loup ! »
à ces mots, les habitants du village prirent leurs fourches et allumÚrent les torches, puis bondirent hors de leurs maisons pour se précipiter à sa rescousse.
Mais une fois rendus à la bergerie, les villageois ne virent aucun loup. Caché derriÚre un buisson, Ezop observa ses voisins perplexes prendre le chemin du retour.
Le jeune homme Ă©clata de rire et se promit de rejouer le mĂȘme tour le lendemain. C'est ce qu'il fit⊠à maintes reprises et, Ă tous les coups, les villageois se montrĂšrent et, encore une fois, ils repartirent déçus de sâĂȘtre fait avoir.
Or, lors dâune nuit de pleine lune, alors que le berger rassemblait son troupeau, un Loup GĂ©ant sortit de la forĂȘt et sâapprocha du troupeauâŠ
Ă la vue de la bĂȘte gĂ©ante, les moutons sâaffolĂšrent et sâenfuirent au loin dans les collines. Leur cri alerta le jeune berger qui avait le dos tournĂ©. En se retournant, Ezop figea dâeffroi.

Le Loup Ă©tait Ă©norme, et son pelage Ă©tait aussi noir que lâobscuritĂ©. Seuls ses yeux dorĂ©s trahissaient sa prĂ©sence.
« Nâaie pas peur », entendit-il dans son esprit, pendant que le Loup se rapprochait tranquillement de lui.
Le jeune homme recula dâun pas incertain.
Le monstre lui avait-il parlé ? Comment était-ce possible ?
Ezop prit panique et se précipita alors sur le bord de la falaise, en hurlant de toutes ses forces : « Au loup ! Au loup ! »
Mais cette fois, pas un villageois ne vint Ă sa rescousse.
La lĂ©gende raconte que le berger fut dĂ©vorĂ© par « le grand mĂ©chant loup ». Câest le triste sort quâon rĂ©serve aux inconscients qui sâaventurent trop prĂšs de la forĂȘt⊠Les Anciens affirment pourtant que, lors des nuits de pleine lune, on peut apercevoir l'ombre du berger sur la falaise, et que son esprit continue de hanter les villageois Ă ce jour. D'autres prĂ©tendent qu'il fut touchĂ© par une malĂ©diction et quâil fut transformĂ© en Loup-Garou cette nuit-lĂ .

Quoi qu'il en soit, plus jamais on n'entendit quelquâun crier au loupâŠ
II. Les derniers survivants đș
Avant leur extinction, les Loups GĂ©ants avaient pris une dĂ©cision qui changerait le cours de lâHistoireâŠ
Ă la veille dâune pleine lune, les survivants de chaque Clan se rĂ©unirent une derniĂšre fois.
Onyx, le dernier Loup Noir, prit la parole : « Je me fais vieux et mon pouvoir sâaffaiblit. Il me reste peu de temps auprĂšs de vous, chers confrĂšres. »

Le petit comitĂ© de Loups GĂ©ants, consternĂ©, resta silencieux quelques instants. On pouvait y entendre le vent souffler doucement Ă travers les feuilles. Les grenouilles coassaient mĂ©lancoliquement au loin, prĂšs dâun ruisseau. Les colĂ©optĂšres luisaient faiblement dans lâobscuritĂ©, leur prĂ©sence se faisait Ă peine sentir. Les lucioles, elles, se faisaient de plus en plus rares, mais en cette nuit de deuil, elles sâĂ©taient jointes au conseil afin dâapporter leur soutien. Lâenchantement de la forĂȘt tirait Ă sa fin.

Enfin, le silence fut brisĂ© par GalĂšne, la plus jeune Louve du Clan des Gris. « Il nous faut essayer une derniĂšre fois » prononça-t-elle, dĂ©terminĂ©e. « Il doit bien y avoir un moyen, nâest-ce pas ? Jâai peut-ĂȘtre une idĂ©e⊠»
« Nos frĂšres et nos sĆurs ont pĂ©ri sous la main de lâHomme » sâoffusqua Jasper, le chef du Clan des Bruns. « Tenter une derniĂšre transformation sur leurs terres, ce serait du suicide. Tu crois vraiment quâon va risquer la vie de notre dernier Loup Noir ? Sois raisonnable, GalĂšne, je tâen prie ! »
« Laisse la parler, Jasper. » siffla Clay, le chef du Clan des Gris. « On ne perd rien Ă lâĂ©couter. »
« Clay nâa pas tort » renchĂ©rit Onyx. « Parle, GalĂšne. »
Tous les yeux se rivÚrent sur la jeune Louve. Celle-ci hésita, mais Clay la poussa du museau vers le centre, lui faisant signe de s'avancer.
GalĂšne prit son courage Ă deux pattes : « Demain, il y aura une super lune bleue de sang. Ce phĂ©nomĂšne ne sâest jamais produit de notre vĂ©cu. On sait que le pouvoir des Loups Noirs est dĂ©cuplĂ© lors d'une pleine lune de sang, et encore plus lors d'une super lune, mais quâen est-il lorsque les deux sont combinĂ©es ? Qui sait ! Peut-ĂȘtre que la transformation pourrait mener notre espĂšce vers une Ă©volution supĂ©rieure. »
Quelques murmures se firent entendre.
« Je continue de croire que c'est trop risquĂ©. » maugrĂ©a Jasper. « Rendons-nous Ă lâĂ©vidence ! MĂȘme si le pouvoir dâOnyx arrive Ă transformer un Homme en âSuper Loupâ, cela ne changerait rien Ă notre extinction imminente. Les Hommes ont dĂ©truit la quasi-totalitĂ© de la forĂȘt. Son enchantement nâest plus⊠Il est trop tard. »
« Justement, Jasper » coupa sĂšchement Clay. « Nous nâavons plus rien Ă perdre. »
Jasper soupira, puis se tut, Ă©nervĂ©, mais rĂ©signĂ©. Force Ă©tait de constater quâil nâarriverait jamais Ă raisonner les Loups Gris.

Les yeux dorĂ©s dâOnyx se fixĂšrent sur GalĂšne. Puis il prit un ton sĂ©rieux : « Petite, je tâĂ©coute. Quel est ton plan ? »
La suite, vous la connaissez...

Retour aux Loups...
Bien des siĂšcles aprĂšs la transformation du berger, la migration des clans avait entraĂźnĂ© la naissance dâune nouvelle espĂšce : les loups Ă pelage mixte. Cette catĂ©gorie de loups mixtes Ă©tait beaucoup plus attrayante aux yeux des Hommes, notamment parce que la taille de ceux-ci avait grandement diminuĂ©. D'ailleurs, beaucoup furent domestiquĂ©s. Le reste se divisa en petits groupes, laissant place Ă ce quâon appelle aujourdâhui les « meutes ».

Les loups domestiquĂ©s devinrent ce quâon appelle des « chiens » dans le prĂ©sent actuel. Il sâagissait dâun type de compagnons trĂšs convoitĂ© par les Hommes, car leur bonne humeur et leur fidĂ©litĂ© Ă©tait dâagrĂ©able compagnie. Pour les chasseurs, les chiens leur Ă©taient d'une grande utilitĂ©, car leur odorat Ă©tait supĂ©rieur Ă celui des Hommes.


En fait, les compagnons Ă©taient, Ă la base, des animaux capturĂ©s par les chasseurs du village. Les plus belles bĂȘtes furent domestiquĂ©es pour le plaisir des villageois et des enfants. Le commerce des compagnons devint si lucratif que certains Ă©leveurs voyageaient de village en village pour vendre les espĂšces les plus rares, considĂ©rĂ©es comme « exotiques ». Parmi celles-ci, se trouvait le Loup Bavard !

III. Le Loup Bavard đ đŹ
Par un bel aprĂšs-midi de printemps, Graouw et ses deux amis, Bhoot et Loupiotte, jouaient Ă cache-cache.
« Trois, deux, un⊠câest parti ! » cria Graouw, au loin.

Ce dernier prit un instant pour faire un scan complet du paysage : aucun louveteau Ă lâhorizon.
« Ils ont bien progressé ces petits ! » pensa fiÚrement Graouw.

Le temps passait, et le Loup Bavard nâavait toujours aucun signe de Bhoot et Loupiotte. Pourtant, Graouw avait toujours Ă©tĂ© le plus rapide Ă ce jeu.
Celui-ci commençait Ă sâinquiĂ©ter : « OĂč peuvent-ils bien se cacher ? »

La forĂȘt se voulait paisible. Il Ă©tait encore tĂŽt, le chant timide des oiseaux Ă©tait Ă peine perceptible Ă travers les branches. La mousse sur le sol respirait l'humiditĂ©, tĂ©moignant de la pluie de la veille. Les arbres s'Ă©lançaient vers le ciel ensoleillĂ©. L'air Ă©tait bon et rĂ©confortant. On y percevait mĂȘme une lĂ©gĂšre odeur de pin.

ĂpuisĂ©, notre vaillant compagnon se posa sur l'herbe. Il Ă©tait assoiffĂ© ! MalgrĂ© le vent frais, la chaleur se faisait ressentir. Par chance, un courant dâeau se trouvait Ă quelques pas de notre ami. Les reflets sur lâeau offraient un spectacle Ă©tincelant au contact des rayons du soleil. Le Loup Bavard s'avança pour sâabreuver.
En relevant les yeux, Graouw eut une impression de déjà vu... Face à lui, s'affichait une vision de son passé, un secret qu'il avait laissé derriÚre lui il y a des années.

Il s'agissait de la Chute Argentée. Son appellation était tirée tout droit de la couleur de la cascade, comme si une longue et délicate cape d'argent s'était posée sur les parois rocheuses de la montagne.
Seuls les plus avisĂ©s connaissaient la vĂ©ritĂ© sur la mystĂ©rieuse chute et notre compagnon Ă©tait parfaitement conscient des risques quâil encourait sâil osait traverser le rideau d'argent. Le Loup Bavard craignait de devoir dire adieu Ă ses amis et, par expĂ©rience, celui-ci savait pertinemment qu'il en souffrirait pour le restant de sa vie...

Graouw Ă©tait un simple chien, mais dans sa meute, on le surnommait le Loup Bavard. Ayant vĂ©cu toute sa vie auprĂšs dâun maitre aveugle, notre sympathique compagnon Ă©tait le seul connu de la Meute Ă maĂźtriser parfaitement la langue des Hommes sous forme animale.

AprĂšs un terrible accident qui lâobligea Ă abandonner son maĂźtre avec qui il avait dĂ©veloppĂ© un lien Ă©ternel, le pauvre chien sâĂ©tait perdu en forĂȘt, vivant au jour le jour, dans la solitude et la peur. Ce n'est que quelques mois plus tard qu'il fĂ»t accueilli par la Meute qu'il considĂ©rait comme sa famille de cĆur.

Un cri lointain se fit entendre. « Graouw !!! OĂč es-tu ? Graouuuuwww !!! »
Graouw sortit immédiatement de ses pensées. « Par ici ! »
Ses deux protĂ©gĂ©s surgirent dâun buisson, essoufflĂ©s.
« Tu nous as fait une de ces peurs, sâexclama Bhoot, nous te pensions perdu ! »
« Bhoot, tu tâinquiĂštes toujours pour rien ! Je peux me retrouver dans la forĂȘt sans problĂšme, contrairement Ă toi ! » rigola Graouw, lançant un petit clin d'Ćil Ă Loupiotte.
« Câest vrai ! La derniĂšre fois, on a dĂ» appeler Remus et Lupin pour te sortir de ce trou, renchĂ©rit Loupiotte, on peut se compter chanceux quâils nâaient rien dit Ă tes parents ! »

« Tu oublies qu'on a dĂ» acheter leur silence en obĂ©issant Ă leurs ordres pendant une semaine ! » rĂąla Bhoot. « Tes frĂšres ont simplement vu une opportunitĂ© et lâont saisie avec joie. »
« Les jumeaux ont toujours su flairer les bonnes affaires » admit Graouw. « Vous vous rappelez des deux petits cochons quâils ont rapportĂ©s un soir ? »
« Bien sĂ»r que je mâen souviens ! » s'exclama Loupiotte. « CâĂ©tait la premiĂšre fois que jâen mangeais de ma vie ! Quel rĂ©gal ! »
« Et moi donc ! » ajouta Bhoot. « Jâen ai rĂȘvĂ© pendant des semaines ! »

« Ce quâils ont omis de mentionner, câest que jâĂ©tais prĂ©sent lors de la fameuse capture ! » proclama Graouw avec fiertĂ©. « Ils mâont dit que si je les aidais Ă faire diversion, jâaurais droit au troisiĂšme cochon comme rĂ©compense. »
« Quoi ! » s'exclamĂšrent les deux louveteaux en chĆur.
Bhoot haussa le sourcil. « Et ils ont tenu parole ? »

Loupiotte roula des yeux. « Pff ! Je te parie trois grillons quâils ont gardĂ© le troisiĂšme pour eux-mĂȘmes ! »
« Le dernier semblait ĂȘtre mieux prĂ©parĂ© Ă lâattaque ! » rĂ©pondit Graouw, amusĂ© Ă lâidĂ©e quâun cochon ait pu vaincre les jumeaux par la ruse.
« Ăa, alors ! » sâĂ©tonna Loupiotte.
« Tu peux le dire, Lou, quels gros arnaqueurs ! » conclut Bhoot.
IV. Le Mentaliste đ§
DerriĂšre la Chute ArgentĂ©e, se trouvait une grotte sous-terraine, abritant un portail magique que seul un ĂȘtre au coeur pur pouvait traverser.

Ce passage secret menait vers un hùvre de paix : le jardin des Tréants.

Ces terres divines Ă©taient situĂ©es Ă l'Ă©cart des civilisations modernes, au-dessus des montagnes, surplombant les arbres et les nuages. Une petite communautĂ© de moines ayant fait vĆu de silence y vivait paisiblement. Ils Ă©taient dotĂ©s de capacitĂ©s surnaturelles, dont la tĂ©lĂ©pathie et la manipulation de la lumiĂšre. Les Anciens les surnommaient les Mentalistes.
Le grand refuge spirituel offrait une faune et une flore bien différentes de ce qu'on connait d'un jardin. Dans les riviÚres, coulaient des métaux précieux sous forme liquide : de l'or en été et de l'argent au printemps. Dotés de nombreux talents, les Mentalistes avaient réussi à transformer ces métaux en piÚces métalliques, se récoltant une petite fortune avec le temps.

Pour communiquer, les moines avaient développé un systÚme basé uniquement sur la pensée. C'est en partie grùce à la discrétion de leur échanges qu'ils avaient maintenu le secret de leur existence pendant tout ce temps.
Mozzie Ă©tait l'un d'entre eux.
Malvoyant depuis son plus jeune Ăąge, le sage homme dĂ©tenait une grande sensibilitĂ© aux Ă©lĂ©ments qui l'entouraient. Faisant confiance Ă son instinct, il pouvait percevoir des Ă©vĂ©nements significatifs avant mĂȘme quâils ne se rĂ©alisent. Ce 6á” sens Ă©tait de famille et lui avait valu une mention honorable par sa communautĂ©.
Son don fut dĂ©couvert lorsque sa mĂšre avait alertĂ© la communautĂ© dâune intrusion dans la cour du monastĂšre. Elle nâĂ©tait encore quâune enfant, mais sa prĂ©monition Ă©tait bien rĂ©elle. Un jeune adolescent fut retrouvĂ© sur les lieux; il Ă©tait recroquevillĂ© sur lui-mĂȘme, le regard absent, Ă la fois perdu et honteux. Il se prĂ©nommait Jack, et celui-ci prĂ©tendait avoir dĂ©couvert le sanctuaire en plantant inconsciemment un haricot magique au pied de la montagne. Ce haricot, devenu gĂ©ant, lui avait Ă©tĂ© offert par un nain farfelu en Ă©change de sa vache.
Les moines connaissaient les risques dâune telle intrusion sur leur territoire, et ne pouvaient se permettre de dĂ©voiler au grand jour leur secret. Afin dâacheter son silence, ils offrirent au garçon un sac rempli de piĂšces dâor provenant de leurs rĂ©serves naturelles. Ils firent donc la promesse Ă Jack de lui envoyer un sac de piĂšces tous les jours Ă l'aide du portail sous la chute. La seule condition Ă©tait qu'il abatte le haricot gĂ©ant une fois de retour.

Pensant à sa mÚre mourante et à sa vache perdue, le garçon accepta sans hésiter.

AprĂšs le dĂ©cĂšs de sa mĂšre, Jack, qui Ă©tait devenu un beau jeune homme, revint au jardin sacrĂ©. Ce dernier avait empruntĂ© le portail secret sous la chute, et nâĂ©tait pas venu seul. Lâhomme avait apportĂ© un prĂ©sent en guise de reconnaissance : une portĂ©e de petits chiens parleurs.

Honorés par la générosité et la vaillance du jeune homme, les Mentalistes lui proposÚrent de rester vivre sur leurs terres. Avec le temps, il tomba amoureux de celle qui avait prédit sa venue lors de son premier voyage. Quelques années plus tard, les deux tourtereaux eurent un enfant qu'ils prénommÚrent « Mozen ».

Mozzie Ă©tait un homme simple, mais profondĂ©ment solitaire. Il aimait entendre le chant des oiseaux le matin, sentir l'odeur des fleurs au printemps et celle des feuilles mortes en automne. Mais ce quâil aimait par-dessus tout, câĂ©tait le contact avec lâeau. Son petit plaisir Ă©tait d'y plonger sa tĂȘte lors des baignades, et de crier de toutes ses forces, sachant que personne ne pourrait lâentendre.

Le moine passait rĂ©guliĂšrement ses journĂ©es Ă se baigner dans le lac prĂšs du Quai des Rocheuses, se laissant emporter par le courant. L'eau fraĂźche lui permettait de revigorer ses muscles et de se vider l'esprit. Il devait toutefois prendre garde, car un moment d'inattention risquait de le faire glisser au bas de la chute qui se trouvait en fin de parcours. Par chance, quelques mesures de sĂ©curitĂ© avaient Ă©tĂ© mises en place afin de se repĂ©rer dans la rive. En effet, des oiseaux visionnaires Ă©taient postĂ©s sur les arbres aux abords du prĂ©cipice, et des petits ponts avaient Ă©tĂ© construits, servant dâunitĂ© de mesure pour notre ami malvoyant.

Depuis quelque temps, le silence qui régnait dans sa communauté le rendait insatisfait. Rarement, il pouvait entendre la voix d'un humain. Il n'y avait qu'aux solstices qu'il pouvait écouter ses confrÚres chanter leur mélodie traditionnelle. Le reste du temps, les moines se rassemblaient au temple et méditaient en silence. à la fin de la journée, ils partageaient un thé, puis ils allaient se coucher.
Cette routine était ennuyeuse, et cela rendait Mozzie profondément malheureux.

Il fut un temps oĂč il pouvait avoir de longues discussions avec son chien-guide, Graouw. Ce dernier ne lui tenait pas juste compagnie, il Ă©tait pour lui un vĂ©ritable ami. Les deux camarades se traitaient comme des Ă©gaux et câest ce qui rendait leur relation si prĂ©cieuse.
Le Mentaliste avait toujours considéré son compagnon comme une bénédiction.

Assis sur le quai à fixer son reflet, Mozzie versa une larme, puis soupira tristement : « Si seulement tu étais encore là ⊠».
V. L'effet Domino đ§”
La suite, en rédaction ! Le prochain chapitre fera mention des rÎles suivants : Dictateur, Empoisonneuse, Fossoyeur, Guérisseuse, Nécromancien, SorciÚre et plus encore. Il sera divisé sur plusieurs sous-chapitres, le premier étant prévu aux alentours de mai 2025.
Message de l'auteure đȘ¶
Bonjour, veuillez noter que le lore est un produit indĂ©pendant de Wolfy. L'histoire globale est entiĂšrement complĂ©tĂ©e dans mon imaginaire, mais sur papier, c'est plus compliquĂ©. Les suites peuvent donc prendre plusieurs mois Ă ĂȘtre publiĂ©es, car nous prĂ©fĂ©rons offrir un texte cohĂ©rent en lien avec le jeu plutĂŽt qu'un brouillon sans profondeur. Merci de votre comprĂ©hension et de vos messages ! Sachez que lis tous vos commentaires et que je les prends en considĂ©ration pour l'avenir !

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Mis Ă jour le : 01/04/2025
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